Nous raisonnerons pour simplier à une dimension.
Soit
une fonction réelle suffisamment régulière, telle que
et ayant la forme d'un pic de largeur
, de hauteur
, centré en
[voir la fig. 1]. Si
,
(le carré de sa norme est de l'ordre de
); désignons par
le ket correspondant :
| (2.81) |
Si
,
. soit
le bra associé à ce ket; pour tout
, on a :
![]() |
(2.82) |
Faisons maintenant tendre
vers zéro. D'une part :
| (2.84) |
| (2.85) |
| Si |
(2.86) |
Considérons de même une onde plane tronquée en dehors d'un intervalle de largeur
:
si![]() |
(2.87) |
| (2.88) |
| (2.89) |
Étudions maintenant le bra
associé à
. Pour tout
, on a :
![]() |
(2.90) |
| (2.91) |
| Si |
(2.92) |
Cette dissymétrie de la correspondance entre kets et bra est liée, comme le montrent les exemples précédents, à l'existence de «bases continues » pour
: les fonctions constituant ces «bases» n'appartiennent pas à
, et on ne peut donc pas leur associer un ket de
; pourtant, leur produit scalaire avec une fonction quelconque de
est défini, ce qui permet de leur associer une fonctionnelle linéaire dans
, c'est-à-dire un bra appartenant à
. La raison pour laquelle on utilise de telles «bases continues» tient à leur commodité pour certains calculs pratiques. La même raison (elle apparaîtra plus clairement dans la suite) amène ici à rétablir la symétrie entre kets et bras en introduisant des «ket généralisés », définis à partir de fonctions qui ne sont pas de carré sommable, mais dont le produit scalaire avec toute fonction de
existe : nous travaillerons donc dans la suite avec des «kets» tels que
ou
, associés à
ou
. Il ne faut pas oublier que ces «kets» généralisés ne peuvent pas, à strictement parler, représenter des états physique; ce sont seulement des intermédiaires de calcul commodes pour certaines opérations que l'on aura à effectuer sur les véritables kets de l'espace
qui, eux, caractérisent des états quantiques effectivement réalisables.
Cette façon de procéder pose un certain nombre de problème mathématiques que l'on peut éluder en adoptant le point de vue physique suivante :
(ou
) désigne en fait
(ou
) où
est une longueur très petite (ou
une longueur très grande) devant toutes celles qui interviennent dans le problème étudié; dans tous les calculs intermédiaires où apparaissent
(ou
), on ne passe jamais à la limite
(ou
), de sorte qu'on travaille toujours dans
. Le résultat physique obtenu à la fin du calcul sera très peu sensible à la valeur de
, pourvu que celle-ci soit suffisamment petit par rapport à toutes les autres longueurs : on pourra alors négliger
, c'est-à-dire poser
dans le résultat (la procédure est analogue pour
).
On pourrait alors objecter que, contrairement à
et
,
et
ne sont pas vraiment des bases dans
, dans la mesure où elles ne satisfont pas rigoureusement à la relation de fermeture. En fait, elles y obéissent de façon approchée. En effet, on voit par exemple que l'expression
est une fonction de
qui peut constituer une excellent approximation de
: sa représentation graphique est pratiquement un triangle de base
, de hauteur
, centré en
; si
est négligeable devant toutes les longueurs du problème, la différence avec
sera inappréciable physiquement.
De façon générale, le dual
de l'espace des états
ne lui pas isomorphe, sauf bien sûr si
est de dimension finie2.5 : si à tout ket
de
correspond un bra
dans
, la réciproque n'est pas vraie. Toutefois, nous conviendrons d'utiliser, en plus des vecteurs appartenant à
(dont la norme est finie), des kets généralisés de norme infinie mais dont le produit scalaire avec tout ket de
est fini. Ainsi, à chaque bra
de
correspondra un ket. Mais les kets généralisés ne représentent pas des états physiques du système.