L’insuffisance de budget, les matériels vieillots, incompatibles avec les nouveaux programmes, telles sont les difficultés principales qui empêchent l’accès des écoles au service d’internet à grand débit (ADSL) ou par liaison spécialisée. Les vitesses de connexion trop lentes découragent la patience des étudiants.
Situation dans les établissements d’enseignement supérieur
Avant la mise en ligne du réseau Edunet par le Ministère de l’éducation et de la formation du Vietnam, la plupart des établissements d’enseignement supérieur se connectaient déjà à internet par modem ; ce service, toutefois, était surtout réservé aux enseignants et au personnel de l’établissement.
- L’Institut Polytechnique de Hanoi (IPH) est classé parmi les établissements universitaires de pointe à utiliser internet pour la formation et la recherche des étudiants. A l’heure actuelle, il dispose d’une ligne spécialisée de 256 Kbps (kilo-bits par seconde), remplaçant celle de 64 Kbps, louée depuis 1998 auprès de la compagnie VDC (Vietnam Data Communications). Selon l’administrateur du réseau de l’IPH, la ligne de 256 Kbps devant servir environ 1.000 ordinateurs, la vitesse de connexion est très lente. D’autre part, les matériels informatiques trop vieux, datant de 1998, ont des configurations peu performantes et ne permettent pas l’installation des nouveaux programmes. L’IPH est en cours de négociation avec VDC pour augmenter la bande passante de la ligne spécialisée à 2 Méga-bits par seconde.
Le chiffre de 1.000 machines connectées à Internet de l’IPH ferait rêver bien des universités du pays, ne peut cependant satisfaire qu’à 20% des besoins des 30.000 étudiants de l’IPH. Ceux ci bénéficient d’un accès gratuit que sur 10 machines seulement, et pour le reste, l’accès est facturé, par carte, à un prix privilégié de 5.000 dôngs pour 15 heures de connexion. Un étudiant de 4e année de la faculté de Génie électrique se plaint que "la vitesse de connexion est très lente et le temps de connexion gratuit pour chaque étudiant est limité à 30 - 60 minutes chaque jour, ce qui est insuffisant et oblige la plupart des étudiants à aller dans un cybercafé se connecter à internet".
L’actuelle ligne spécialisée coûte à l’IPH entre 27 et 30 millions de dôngs chaque mois. Si cette ligne était remplacée par une ligne de 2 Mbps, ce coût mensuel pourrait atteindre 45 millions de dôngs. Pour un établissement tel que l’IPH, une telle somme peut être réunie grâce à de nombreuses sources de financement disponibles, mais ce ne serait pas aussi simple ni facile pour la plupart des autres établissements d’enseignement.
- L’Université Nationale de Hanoi (UNH) dispose également d’une ligne de 2 Mbps pour connecter son réseau interne et celui de ses établissements membres, interconnectés entre eux par un système des fibres optiques. Pourtant, L’Université des Sciences sociales et humaines (USSH), membre de l’UNH, n’a que 22 ordinateurs connectés à internet. Si la vitesse de connexion est plutôt rapide, en raison du nombre encore faible des ordinateurs connectés, les besoins des 10.000 étudiants de l’USSH restent très loins d’être remplis.
- L’Ecole supérieure de transport et de communication, quant à elle, utilise une ligne spécialisée de 128 Kbps (souscrite auprès du FAI Vietel) et une liaison ADSL MegaVNN (VDC) pour connecter 140 ordinateurs à Internet. Mais parmi ceux ci, seulement 40 sont à la disposition des 12.000 étudiants au tarif de 2.000 dôngs/heure. Selon le directeur du Centre d’information de l’école, la vitesse est encore très lente bien que le nombre des ordinateurs connectés n’est pas encore important, le service MegaVNN qui sert uniquement à la connexion internet des 100 machines réservées aux enseignants et personnels de l’établissement, est souvent surchargé alors que les besoins en connexion des étudiants ne peuvent être satisfaits.
Pour revenir à l’IPH, selon l’administrateur du réseau de cet établissement, seuls les jeunes chercheurs et cadres, les étudiants en cours de thèses et quelques étudiants en fin d’études montreraient un besoin réel d’utiliser internet et possèdent, en général, les connaissances de bases sur l’ordinateur et sur l’exploitation du réseau. Les 70-80% restant des étudiants se connectent à internet surtout par curiosité, pour faire du chat, ou pour se divertir. Il y a même beaucoup d’étudiants qui ne sont même pas au courant de l’existence d’un centre d’accès à internet au sein de leur établissement.
Situation dans les lycées
A la suite d’une enquête, le déploiement du projet de l’internet dans les établissements secondaires rencontre aussi des difficultés, surtout sur le plan financier.
- Le lycée Chu Van An possède 11 ordinateurs et un serveur pour la connexion à internet par téléphone et modem. Depuis début 2003, avec la fin du projet financé par le Fonds francophone des inforoutes, pour les jeunes, de L’Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF), les élèves ne bénéficient plus de l’accès gratuit à internet, de 7h30 à 19h30, comme avant. Selon un responsable de l’école, un fournisseur d’accès internet leur a proposé une connexion à haut débit avec un forfait de 2 millions de dôngs. Mais, même à ce tarif, l’école doit réfléchir car elle ne dispose pas encore de fonds suffisants.
- Le lycée Hanoi-Amsterdam, lui aussi, est dans la même situation. L’école est équipée de 100 ordinateurs mais 3 seulement sont connectés à internet par téléphone et par modem pour l’envoi et la réception des courriers électroniques de la direction de l’école. Les enseignants et les personnels de l’école doivent autofinancer leur accès à internet.
Jusqu’à présent, le nombre des lycées ayant un accès à internet, même au débit limité de 126 ou 256 Kbps, est encore très faible. Ainsi, l’objectif du projet EduNet de créer un "bond en avant" pour l’accès internet dans les établissements d’enseignement dès 2003 semble encore difficile à atteindre.
Pourtant, lors d’une interview réalisée par le journal électronique Vnexpress , M. Quach Tuan Ngoc, Directeur du Centre des Technologies de l’Information du Ministère de l’Education et de la Formation s’est montré optimiste en estimant qu’il restait encore du temps pour les écoles d’ici la fin de l’année [1] pour déployer leur projet et trouver les fonds nécessaires pour investir dans leurs infrastructures informatiques. Selon lui, ce qui est déterminant pour la réalisation du projet EduNet est la conscience des directions des écoles vis à vis de la nécessité de satisfaire les besoins en internet des étudiants et des élèves.
Interview et enquête réalisée par Ngoc Hà, en date du 22 octobre 2003, publiée en vietnamien sur le site de Vnexpress